Le Canada au Ralenti
Rudy Le Cours, La Presse Affaires
Quand ils perdront confiance, le ralentissement reprendra, assure Michael Lévy, vice-président principal et analyste financier chez Custom House. Le spécialiste du change de Victoria continue de miser sur le Canada et sa monnaie. « Les tendances ont tendance à durer plus longtemps qu’on ne le croit. Mais si elles doivent s’inverser, elles le font. »
Hier du moins, les marchés paraissent avoir pensé comme lui. Le huard a gagné 22 centièmes contre le billet vert à 84,96 cents US. M. Lévy le voit à 86-87 cents US à la fin de l’année.
Montréal, PQ - Février 1, 2007 - L’économie canadienne a tourné plus lentement encore que prévu cet automne alors que l’américaine a fait preuve de surprenant ressort. La situation devrait toutefois s’inverser au cours de l’année.
Voilà entre autres choses pourquoi la Réserve fédérale américaine a choisi de reconduire son taux directeur à 5,25 % hier, pour une cinquième fois d’affilée, alors que la Banque du Canada restera au neutre encore plusieurs mois.
La décision a été prise cette fois-ci à l’unanimité par les membres de son Comité de politique monétaire (Federal Open Market Committee). Dans le communiqué en faisant part, la Fed prend acte de la « fermeté accrue » de l’économie en fin d’année, de « certains signes de stabilisation » du marché de l’habitation et « du niveau élevé de l’utilisation des ressources susceptibles de soutenir des pressions inflationnistes. »
Rien en somme pour exciter les marchés monétaires qui ont fait leur deuil au début du mois d’une baisse du taux directeur américain pour soutenir une économie qui ralentissait.
Sans être au bout de ses peines, l’économie américaine a manifesté un tonus étonnant cet automne. Hier, des données préliminaires faisaient part d’une expansion de 3,5 % en rythme annualisé au quatrième trimestre, alors que les experts attendaient 3 %. Au troisième trimestre, la croissance avait été de 2 % seulement.
En contraste, les chiffres de novembre du Produit intérieur brut canadien montrent une expansion réelle (hors inflation) de 0,2 % seulement alors qu’on tablait sur 0,3 %. Comme la croissance avait été nulle en octobre, l’économie canadienne a sans doute moins progressé encore au dernier trimestre que l’estimation de 1,5% faite par la banque centrale il y a 15 jours à peine.
Statistique Canada a précisé que la fabrication avait finalement donné signe de vitalité grâce au rebond exceptionnel de 14 % du secteur automobile. L’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières en revanche ont marqué un recul, causé à la fois par des interruptions de production pour des raisons de maintenance et par une demande moins soutenue à cause du temps doux. Bref la production de biens a crû de 0,2 %. Du côté des services, la croissance a aussi atteint 0,2 %, le repli du commerce de gros et de détail étant compensé par la bonne tenue des services financiers.
La faible croissance de l’économie jumelée à l’augmentation du nombre d’heures travaillées cet automne présage d’un nouveau recul de la productivité. « La productivité du travail a décru d’environ 1,5 % au quatrième trimestre, calcule Ted Carmichael, économiste chez JP Morgan Canada. Le potentiel de croissance de l’économie a encore faibli au quatrième trimestre. » La Banque du Canada a ramené cet automne de 3 % à 2,8 % le potentiel de l’économie canadienne. Elle a même laissé entendre le mois dernier qu’elle pourrait le réviser encore, tant elle paraît préoccupée et déroutée par les chiffres décevants de productivité. En pareil cas, toute baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie est écartée d’autant que le taux d’inflation de référence se situe en plein sur sa cible de 2 %.
Toutefois, les fondements de l’économie canadienne demeurent robustes, malgré les lents ajustements du secteur manufacturier et la productivité qui bat de l’aile. Les finances publiques sont en ordre, les consommateurs achètent beaucoup, mais épargnent un peu, et le compte courant montre toujours un excédent.
À l’opposé aux États-Unis, le double déficit budgétaire et commercial reste abyssal, le taux d’épargne des ménages est négatif.
Les consommateurs gardent confiance car ils ont pu soutenir leurs achats grâce à la baisse des prix de l’énergie. Ils ont d’ailleurs assuré 85 % de la croissance automnale. Ils devront cependant renouveler leurs prêts hypothécaires sous peu et découvriront qu’ils coûtent trois points de pourcentage de plus qu’il y a deux ou trois ans.
Quand ils perdront confiance, le ralentissement reprendra, assure Michael Lévy, vice-président principal et analyste financier chez Custom House. Le spécialiste du change de Victoria continue de miser sur le Canada et sa monnaie. « Les tendances ont tendance à durer plus longtemps qu’on ne le croit. Mais si elles doivent s’inverser, elles le font. »
Hier du moins, les marchés paraissent avoir pensé comme lui. Le huard a gagné 22 centièmes contre le billet vert à 84,96 cents US. M. Lévy le voit à 86-87 cents US à la fin de l’année.

